« Being born a girl », ce sont des portraits vidéos de femmes et/ou d’hommes, qui questionnent en 4 à 5 minutes la condition féminine aujourd’hui dans leurs pays, tout en faisant dialoguer leur parole avec la parole artistique. En braquant les projecteurs sur un territoire, un type d’oppression et une émotion, on sculpte un langage sensible, un autre rapport au documentaire.
Le processus de création
Un cycle de résidences itinérantes a permis au projet de trouver son universalité en allant à la rencontre d’hommes et de femmes dans leur environnement, à chaque coin du monde. L’équipe de « Being Born a Girl » s’installe, observe, réfléchit, et va à la rencontre d’artistes puis de femmes et d’hommes de la société civile, et enfin de journalistes, historiens, anthropologues, sociologues et toutes autres personnes intéressées par la recherche et la dimension humaine des questions du genre. Tous confrontent leurs univers et se nourrissent de cette tranche de vie partagée.
La dimension artistique au cœur du processus
Inviter des artistes, actifs dans diverses disciplines, fait partie intégrante du processus de création des vignettes « Being Born a Girl ». Ce mélange original de collaborations artistiques diverses, rend unique et spécifique chaque vidéo. Pourtant, une unité se dessine au fur et à mesure que l’on découvre chaque témoignage. On retrouve en filigrane un fil conducteur : le besoin de dévoiler la parole des femmes et de la faire entendre en la sublimant. « Je cherche avant tout à mettre en valeur la parole qui m’a été confiée lors des interviews, explique Candice Martel. En parallèle je fais également la rencontre d’artistes que j’invite à prendre part à cette expérience et ainsi révéler une nouvelle lecture, des interviews, à la fois forte et poétique. » À la fin de chaque résidence le public est invité à découvrir le-s nouveau-x « portrait-s » autour d’une installation ou parcours vidéo in situ.
LES FILMS :
BEING BORN A GIRL # 8// REUNION
2023 : Not Kor
Au départ, un témoignage glaçant, celui de Josée, avortée sans consentement. S’y mêlent la voix de Maya Kamaty et les pas des danseuses, qui nous hypnotisent. Celles-ci racontent comment les États se sont toujours emparé des ventres des femmes à des fins politiques. Tantôt sublimés pour produire à l’infini de la main d’œuvre ou de la chair à canons, tantôt empêchés pour cause de surpopulation supposée ou de crises économiques bien réelles… ils restent un enjeu de pouvoir ou de domination. C’est ce qu’explique Françoise Vergès, politologue et militante féministe intersectionnelle, en analysant ce combat incessant que doivent mener les femmes face au rouleau compresseur que sont les États.
2023 : Wutherings Shadows, Éteindre les ombres
À la Réunion, Anne s’est affranchie de ses ombres, pourtant bien réelles… Victime de viol incestueux, la jeune femme a pourtant su retrouver le chemin de la confiance et arrive aujourd’hui à en sourire. Pour exprimer ce que les mots ne peuvent traduire, Soraya Thomas offre une danse tribale, profonde et salutaire. Christine Visnelda-Douzain, psychiatre spécialiste de l’inceste, nous parle des mécanismes qui lient auteurs et victimes et s’interroge sur comment rompre les chaînes.
2021
BEING BORN A GIRL #6 // L’HONNEUR DE LA FEMME //MAROC
Candice a décidé de tourner un nouveau film à Paris, invitant une blogueuse marocaine. Le tournage permet à la blogueuse de parler à visage découvert, ce qui souligne l’importance de l’honneur des femmes au Maroc. Le témoignage de la blogueuse trouve un écho chez d’autres témoignages venus du Japon. L’équipe fait appel au chorégraphe Atsushi Heki, spécialiste de l’interprétation rigoureuse et minutieuse du répertoire ancestral du Nihon-buyo. Cette danse traditionnelle des éventails, exécutée en kimono, était principalement dansée par des hommes au XVIème siècle pendant l’ère Edo. Les frontières entre les rôles masculins et féminins se mélangent, tout comme l’honneur des jeunes filles qui risquent de compromettre l’honneur de leur famille si elles se détournent des normes établies par la société. Ces filles représentent à la fois l’honneur de leur frère, de leur père, de leur mère et de leur nation…
BEING BORN A GIRL #5 // VOX POPULI MOROCCO
Elena ne pouvant être présente, ce fut un homme, Alessandro Leonardi, réalisateur Italien, qui est venu rejoindre le projet. Après une semaine d’enquête intense, l’équipe réalise qu’il serait compliqué de faire parler les femmes face caméra et devant un homme. Elle décide alors de réaliser un vox Populi et de faire parler les hommes. La musique s’efface, pour rendre la parole plus radicale. Une respiration au milieu de tous ces portraits.
2020 BEING BORN A GIRL #4 // LES TCHIKANS // JAPON
Au Japon, Kumi parle ouvertement des attaques qu’elle a subies dans le métro de Tokyo. Ces agressions, commises par des prédateurs appelés “Tchikans”, visent majoritairement les jeunes filles et peuvent causer des traumatismes. Dans une vidéo, Kumi partage son histoire de manière artistique et visuellement captivante, permettant aux spectateurs de mieux comprendre son expérience choquante. Le Dr Saito, psychiatre spécialisé en addictions et en agressions sexuelles, souligne l’importance de la prise de conscience collective face à ce problème. Il met en avant non seulement les conséquences individuelles de ces agressions, mais aussi la responsabilité de la société dans son ensemble.
2019 BEING BORN A GIRL #3 // LA VIOLENCE CONJUGALE // FRANCE
Marie témoigne des violences conjugales, avec un cinglant « et moi je reste ». Le chant et le blues de Bessie Smith enveloppent ses paroles, créant une atmosphère profonde et mélancolique qui laisse transparaître toute la complexité de sa situation. Ce film, à la fois poignant et intimiste, a d’abord été pensé pour la scène, où le chant et la guitare se mêlent harmonieusement, comme en écho aux paroles de Marie. Deux femmes, deux univers, se trouvent réunis sur scène. Elles échangent, partagent et finissent par se répondre, formant une connexion profonde et complice. Leur dialogue, semblable à une conversation entre amies intimes, se déroule comme une scène dans un café, où chacune se confie, se livre et se soutient mutuellement.
2018 BEING BORN A GIRL #2 // LE MARIAGE PRÉCOCE // BURKINA FASO
Au Burkina Faso, Ibrahim parle du mariage précoce à travers son expérience personnelle. Sa danse avec un voile vient magnifier son récit, ajoutant de la grâce et de la fluidité à chaque mouvement. Le voile tournoie dans l’air, racontant l’histoire des contraintes et des désirs de changement. Ibrahim se souvient des jeunes filles forcées d’abandonner leur enfance et leur éducation pour se marier. Il exprime sa tristesse face à ces destins brisés, mais reste déterminé à utiliser son art pour sensibiliser et briser le cycle du mariage précoce. Sa danse est un cri pour l’égalité des genres et pour donner aux filles la possibilité de choisir leur propre destin. Le voile, autrefois associé à l’obéissance et à la soumission, devient un symbole de résistance et d’expression. En partageant son histoire, Ibrahim espère changer les mentalités, remettre en question les traditions oppressives et garantir les droits des femmes. Sa danse puissante est un appel à l’action, invitant chacun à s’opposer au mariage précoce et à soutenir l’autonomie des jeunes filles.
2018 BEING BORN A GIRL #1 // L’EXCISION // BURKINA FASO
La parole des femmes est un sujet d’une grande importance, qui mérite d’être exploré plus en profondeur. Lorsque nous écoutons attentivement les témoignages de femmes, comme Madame BA et Bintou, nous prenons conscience des défis qu’elles ont dû affronter tout au long de leur vie. Il est particulièrement éprouvant d’entendre ces récits où des petites filles, pleines de rêves et d’espoirs, sont emmenées de force dans la forêt et soumises à des pratiques mutilantes juste avant leur mariage. Cette réalité est à la fois choquante et bouleversante.Cependant, malgré les épreuves, la parole des femmes ne cesse jamais de résonner. Elle transcende les barrières culturelles et linguistiques, touchant les cœurs et les esprits de ceux qui l’écoutent. La musique qui accompagne ces témoignages vient envelopper cette parole, lui offrant une dimension supplémentaire, renforçant l’émotion et la profondeur des mots.Il est essentiel de donner aux voix des femmes l’occasion de se faire entendre, de faire entendre leurs histoires, leurs douleurs, leurs espoirs et leurs rires. En écoutant ces récits, nous pouvons prendre conscience des inégalités qui persistent et travailler ensemble pour créer un monde où chaque femme est respectée, valorisée et écoutée.
Excision English Subtitle
Leave a comment